L’Éducation Systémiste

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Il faut tout un village pour élever un enfant.

- Proverbe africain

Pour une meilleure compréhension: lisez d’abord La Communication Systémiste.

Imaginez un endroit rempli de gens qui n’ont pas choisi d’y être.
Ils y font des choses qu’ils n’ont pas choisies.
À un moment qu’ils n’ont pas choisi.
Avec des gens qu’ils n’ont pas choisis.
D’une manière qu’ils n’ont pas choisie.
Ils ne peuvent pas choisir le moment où ils entrent dans cet endroit.
Ils ne peuvent pas choisir le moment où ils en sortent.
Ils ne peuvent pas choisir combien de temps ils y restent.
À votre avis, de quel endroit pourrait-il s’agir?

Si, à la question posée ci-dessus, vous avez répondu ‶une prison″, vous pourriez avoir raison. Mais il s’agit d’une école.

L’école

C’est l’endroit où les Terriens envoient les enfants pour les préparer à s’intégrer dans le monde. C’est plutôt raté. Mais aussi plutôt logique que ce soit raté puisque fondé sur un cercle vicieux: le modèle de société que nous proposons aux enfants est calqué sur le modèle de l’école et vice-versa.
Nous, les adultes, nous disons aux enfants Vous devez devenir autonomes, mais nous leur imposons la manière de devenir autonomes.
Nous leur disons Vous devez réussir dans la société, mais nous ne leur enseignons que peu de choses qui leur donneront une idée de ce qu’est la société.
Nous leur disons Vous devez trouver votre spécificité, mais nous ne donnons que peu de place à leur créativité et nous canalisons leur potentiel parce que nous avons peur que, s’ils deviennent vraiment autonomes, nous n’allons plus pouvoir les contrôler. Et alors, peut-être auront-ils l’idée saugrenue de vouloir changer l’école et – pourquoi pas? – le monde… Et ça, ça ne nous arrange pas du tout.
Mais nous faisons tout ça, bien sûr, parce que nous les aimons.

Ce n’est pas aux enfants à s’adapter à l’école, mais à l’école à s’adapter aux enfants. À chaque enfant. Le concept même de l’école se fonde sur la croyance que les enfants n’ont pas spontanément tendance à apprendre. Si on leur offrait la liberté d’apprentissage et la confiance dans leur capacité de discernement, les enfants, mus par leur besoin de réalisation, prendraient l’initiative d’apprendre, selon leurs besoins et à leur rythme.

La famille

L’enfant a besoin de ‶modèles″ par rapport auxquels se positionner, c’est-à-dire définir son identité et son image-de-soi. Si on lui offre un petit nombre de modèles, il aura tendance à s’identifier au modèle dominant. Le problème, c’est que le nombre de modèles accessibles à un enfant a fort diminué depuis quelques décennies.
Comme le dit Maria Montessori dans L’Enfant: ‶La famille ne s’isole pas pour jouir d’elle-même, mais pour se séparer des autres″. Il ne s’agit pas de la vie sociale de la famille, qui est bien souvent une façade, une ‶représentation″ donnée aux autres, mais de la vie intime de la famille, celle dont personne en dehors de la famille n’est au courant. C’est le lourd tribut que nous payons à la montée de l’individualisme. La famille ne devrait pas être une collection d’individus, mais faire partie d’une ‶tribade″, un réseau de personnes, bien plus large que papa, maman et les enfants (et éventuellement les oncles, tantes et grands-parents), avec de nombreuses ramifications hors des liens de parenté: l’équivalent moderne d’une ‶tribu″ du temps jadis. Dans ces conditions-là, l’enfant a de nombreux ‶modèles″ différents, des façons de voir les choses de la vie multiples et diverses. Il rencontre des subjectivités différentes.
Alors, et alors seulement, peut éclore en lui ce que l’on appelle dans l’Alignement la ‶méta-subjectivité″.

L’Éducation Systémiste

‶Syntropique″ veut dire ‶qui favorise la satisfaction des 7 Besoins Fondamentaux″.
‶Dystropique″ veut dire ‶qui fait obstacle à la satisfaction des 7 Besoins Fondamentaux″.
C’est dans les années 1990 que Pierre Catelin a commencé à animer un stage appelé ‶Les Besoins de l’Enfant″. C’est vers la fin des années 2000, que cette Approche de l’Éducation a été appelée ‶Éducation Syntropique″. Dans la foulée, nous avons appelé les divers acteurs des domaines de l’Instruction, de l’Éducation et de l’Apprentissage des Éducants (parents, enseignants, éducateurs, logopèdes, psychothérapeutes pour enfants, pédiatres, grands-parents, psychologues, parrains et marraines, baby-sitters,…) et qu’a été créée l’expression Empreinte Éducative.
En 2014, il a été décidé d’utiliser Éducation Systémiste, pour que l’appellation englobe aussi bien les besoins de l’Enfant que ceux des Éducants.

Les Grands Principes
L’enfant a une nature syntropique et a tout en lui pour manifester son potentiel.
Les Éducants sont censés faire confiance au potentiel de l’enfant et avoir conscience de leur empreinte éducative.
Un enfant est une machine à apprendre. Croire qu’un enfant a besoin d’un Éducant pour lui enseigner à quoi s’intéresser est loufoque, mais surtout nuisible.
Notre attitude vis-à-vis de l’enfant est censée créer chez lui non pas une réaction d’obéissance, mais de confiance:
- si on vise l’obéissance, on donne des ordres
- si on vise la confiance, on donne des repères.
Pour que l’Éducation soit Systémiste, l’Éducant ne doit jamais perdre de vue le système dont l’enfant et lui-même font partie, même si l’enfant n’en a pas conscience.
Il ne s’agit pas du tout de traiter l’enfant en enfant-roi ou d’éviter qu’il devienne un enfant-tyran, mais d’établir avec lui une relation non pas d’égalité, mais d’équivalence.
Le plus beau cadeau qu’un parent puisse faire à son enfant, c’est de faire le travail nécessaire pour être devenu(e) une personne épanouie. Pas une maman ou un papa épanoui(e). Non: une personne épanouie…
Il est sans doute utile également d’expliquer à l’enfant que tous les gens qu’il va rencontrer n’utilisent pas nécessairement l’Éducation Systémiste.…
Et ne jamais oublier que, dans l’immense majorité des cas, les Éducants font ce qu’ils font dans la relation avec un enfant, avec une très très bonne intention.

Les Manthanées

L’éducation actuelle
Comme mentionné plus haut, il est clair que le système éducatif occidental est dystropique, du simple fait qu’il ne respecte pas le Besoin Fondamental N° 3, la Liberté. Les élèves ne sont pas libres de choisir leur école, ni libres de choisir leurs enseignants, ni libres de ne pas avoir envie d’apprendre certaines matières à certains moments qui leur sont imposés. Le système éducatif aura vraiment changé lorsque les enfants diront à leurs parents qu’ils ont envie d’aller à l’école un samedi soir parce qu’il y a un cours d’observation des étoiles ou un dimanche toute la journée parce qu’il y a une initiation à la permaculture. Qu’ils aient 7 ou 16 ans. Mais si tout cela se passe un jour, ce ne sera sans doute pas parce que l’école aura changé, mais parce qu’elle aura disparu.
Disparu? Gloups! Rassurez-vous: il y a moyen de la remplacer très avantageusement…

L’éducation dans les Manthanées
La structure proposée pour remplacer l’école s’appelle une Manthanée, de l’ancien grec ‶manthanein″, qui veut dire ‶s’instruire″.
Une Manthanée est plus un réseau qu’un lieu, même si des lieux pour se réunir sont indispensables dans la plupart des cas. Pour la facilité de l’explication, nous utiliserons ‶lieu″ dans la suite.
Ce lieu rassemble
- des Éducants
- des Apprenants.
Au sein des Apprenants, il ne peut y avoir de clivage net entre enfants et adultes. Une personne ne devrait jamais pouvoir dire ‶J’ai terminé mes études″. Si quelqu’un vous dit cela, répondez ‶Ah! Tu comptes mourir bientôt?″. Que ce soit un enfant ou un adulte qui ait envie d’apprendre par exemple une langue, il n’y a aucune raison pour laquelle la philosophie de la pédagogie devrait être différente. La méthode, peut-être, mais pas la philosophie.

L’Éducation Systémiste se situe dans le courant de l’éducation ‶transpersonnelle″, que, dans son livre Le Bonheur possible, Robert Blondin  décrit comme ceci: L’éducation transpersonnelle consiste à favoriser chez l’élève les incitations à devenir éveillé et autonome, à questionner, à explorer tous les coins et recoins de l’expérience consciente, à chercher du sens, à tester les limites externes, à contrôler les frontières et les profondeurs du soi.
Dans le passé, la plupart des alternatives en éducation n’ont offert qu’un changement pendulaire (comme dans les écoles traditionnelles) ou que des valeurs affectives (comme dans beaucoup d’écoles libres). L’éducation transpersonnelle semble ainsi plus humaine et plus intellectuellement rigoureuse que les alternatives du passé. Elle ne vise pas à fournir de simples techniques pour se débrouiller dans la vie, mais à orienter l’individu vers l’excellence et la dignité de la transcendance. Elle est l’équivalent en éducation de la médecine holiste dans le domaine de la santé: elle tient compte de toute la personne. Et comme la santé holiste, cette forme d’éducation peut se donner et se recevoir n’importe où. La maison et l’école doivent utiliser l’approche holiste toutes les deux. Et non pas la raison à l’école et le cœur à la maison!

Quant à Marilyn Ferguson (auteure de l’ouvrage Les Enfants du Verseau), elle parle en ces termes de l’éducation transpersonnelle: À la différence des réformes éducatives du passé, cette éducation est profondément enracinée dans la science: la théorie des systèmes, une compréhension de l’intégration de l’esprit et du corps, la connaissance des deux principaux modes de conscience et de leur manière d’interagir, le potentiel de modification et d’expansion de la conscience.
Elle met l’accent sur le continuum du savoir plutôt que sur les ‶matières″, et sur le fond commun de l’expérience humaine qui transcende les différences ethniques et nationales. Elle assiste l’élève dans sa recherche de sens, son besoin de discerner formes et structures, sa soif d’harmonie. (…) Elle célèbre à la fois l’individu et la société, la liberté et la responsabilité, l’unicité de la personne et son interdépendance, le mystère et la clarté, la tradition et l’innovation.

Certaines personnes font parfois part de leurs craintes, voire de leur angoisse, à l’idée que leurs enfants, dans un environnement tel que décrit ci-dessus, en profiteraient pour glander et n’apprendraient rien du tout. C’est oublier que personne n’est plus heureux qu’un enfant qui apprend. À la condition de ne pas l’avoir, parfois à tout jamais, dégoûté de l’apprentissage en l’ayant forcé (ou du moins d’avoir essayé de le forcer – heureusement, ça ne marche pas tout le temps) à apprendre des choses qui ne l’intéressaient pas (à ce moment-là) avec des gens qu’il n’aimait pas (vous avez aimé tous vos profs, vous?) à des moments où il avait vraiment envie de faire autre chose (et souvent d’apprendre d’autres choses, mais jugées inutiles voire nocives par les parents et/ou les enseignants).

Pour revenir aux Manthanées, imaginez un enfant qui a passé les 20 premières années de sa vie dans ce genre d’environnement éducatif. Ne croyez-vous pas qu’il serait, non pas ‶totalement épanoui″, ‶parfait″, (puisqu’il aurait eu dans son entourage des personnes qui ne l’étaient pas…), mais au moins plus épanoui que s’il avait passé le même laps de temps dans nos écoles actuelles? Et pour l’accompagner dans son épanouissement, il a besoin d’être entouré d’Éducants eux-mêmes épanouis, c’est-à-dire qui ont fait le ménage dans leur tête, qui ont le moins de croyances dystropiques possible, qui sont engagés dans un processus de Transmutation.

Les Tribades

Une Tribade est une manière de s’organiser en société qui repose sur 2 constats:
1 – Un des problèmes majeurs de l’éducation actuelle est – souvenez-vous – le manque de méta-subjectivité. Les enfants n’ont qu’un nombre très restreint de ‶modèles″ différents dont s’inspirer pour se faire une idée, par exemple, de ce qu’est ‶un homme″, ‶une femme″, ‶une relation″, ‶un couple″, ‶l’amitié″, etc. Il leur faut donc des ‶modèles″ multiples et différents. Nous sommes arrivés en Occident au stade final du rapetissage du nombre de modèles: 1 dans les familles monoparentales, lorsque le 2ème parent est d’une manière ou d’une autre absent.
2 – Un des problèmes majeurs des adultes est qu’ils n’ont pas le temps de dépenser intelligemment l’argent qu’ils gagnent. Ils n’ont pas le temps de s’occuper d’eux-mêmes et ils n’ont certainement pas le temps de s’occuper de leurs enfants comme ils le voudraient mais surtout comme leurs enfants en ont besoin.

L’environnement sociétal et notamment éducatif proposé dans le cadre de l’Alignement est ce que nous appelons une Tribade (de « tribu » et du suffixe « -ade », qui est utilisé pour former des noms collectifs comme dyade, myriade, peuplade). Il s’agit donc d’un rassemblement, réel ou virtuel, de personnes autour d’un même projet de vie, d’une même direction. Une Tribade, c’est une tribu la conscience en plus. Nos ancêtres vivaient en tribus, mais ils n’avaient pas vraiment le choix. Nous sommes arrivés au stade où nous avons suffisamment de conscience pour donner du sens à notre vie:
- organiser le temps de notre vie pour apporter notre contribution
- offrir aux enfants que nous côtoyons un environnement éducatif systémiste.

Le top du sommet de l’idéal serait donc
- un habitat groupé (par exemple: en milieu urbain, un îlot de maisons avec au centre un espace vert commun et en milieu rural, une ferme en carré avec un espace vert tout autour)
- réunissant au moins plusieurs dizaines de personnes, toutes censées être impliquées dans l’éducation des enfants et dont plusieurs sont des Manthaneurs professionnels
- vivant seules ou non mais disposant chacune d’un espace personnel, de telle sorte que l’intimité de chacun puisse être respectée
- toutes adhérant aux concepts et aux pratiques de l’éducation systémiste.
Ce qu’une tribade n’est pas:
- un groupe qui se referme sur lui-même
- une secte élitiste
- une bande de copains sélective basée sur un seul modèle.
Cette organisation permettrait de gagner du temps et de faire des économies d’échelle
- en s’entraidant pour les courses, le gardiennage et les déplacements des enfants,…
- en mettant des ressources en commun pour divers travaux d’entretien et de réparation.
Cette organisation permettrait aussi d’utiliser le temps et l’argent ainsi économisés
- pour continuer à se former (notamment à l’Éducation Systémiste et, d’une manière plus générale, à des démarches pour donner du sens à sa vie)
- pour poursuivre une démarche de développement personnel
- pour accompagner les enfants dans leur épanouissement
- pour apporter une contribution à la société.
Mais, en attendant de concrétiser dans la matière cet idéal, nous pouvons déjà élaborer des réseaux, virtuels ou réels, pour discuter de ces projets et commencer leur mise en œuvre. Il faut bien qu’un jour, quelqu’un commence quelque part. Alors, commencez par en parler autour de vous jusqu’à ce que vous ayez formé un petit groupe de personnes intéressées et motivées. Et pour la suite, consultez des formateurs en Éducation Systémiste et suivez le flux…

Une dernière chose…

Nous ne pouvons pas décider pour un enfant, que ce soit avant sa naissance ou pendant son jeune âge, ce qu’il sera, fera ou aura plus tard. Qu’il s’agisse de reprendre l’usine de son père ou la ferme de ses parents, ou bien qu’il devienne ingénieur ou danseuse étoile, ou encore qu’il se prépare à monter sur le trône d’un royaume, ou enfin qu’il hérite d’une quelconque somme d’argent ou d’un titre de noblesse. Les dés seraient pipés, le jeu truqué. Il tomberait dans un moule dont il aurait énormément de mal à se dépêtrer, pour autant qu’il veuille s’en débarrasser…
Alors, une suggestion: ne faites pas de projets à propos de votre enfant, n’ayez pas d’attente, mais accompagnez-le simplement sur le chemin de son épanouissement qu’il a lui-même choisi. Son bonheur en dépend. Le vôtre aussi, d’ailleurs.

Si vous aimez faire les choses dans l’ordre: continuez en lisant L’Asalisme, puis Un Vivre-Ensemble Systémiste.